Le stress en avion : comment le combattre ?

L’expérience de mes nombreux voyages professionnels m’a notamment appris qu’à bord d’un avion un bon tiers des passagers (si ce n’est plus) est inquiet en vol, allant juste de l’état de « surveillance » au franc état d’anxiété.

Il existe plusieurs sortes de peurs à bord :

La peur du crash : le passager est , selon lui, confronté à une loi pour lui anti-naturelle : un avion c’est plus lourd que l’air (très compliqué de conceptualiser l’idée même du vol), erreur humaine, accident technique, mauvaises conditions météorologiques… bref 1001 raisons pour ces sujets d’avoir peur de se crasher.

La claustrophobie, l’agoraphobie, le vertige : c’est la peur de se sentir enfermé dans l’avion ou la peur de ne pas pouvoir se mouvoir comme on veut. Certaines personnes peuvent également ressentir une sensation de vertige qui leur retourne l’estomac et même donner la sensation de perdre son centre de gravité.

Le syndrome du dirigeant : c’est souvent l’homme ou la femme d’affaire (mais pas forcément) qui a l’habitude de tout contrôler : maîtrise de sa vie, ses horaires, ses dossiers, ses collaborateurs… et ne sait plus lâcher prise, faire confiance à ce qu’il ne contrôle pas. A bord il n’est plus le maître à bord et se dit qu’en cas de pépin, ce n’est pas lui qui va apporter la solution. Ce n’est pas dans son fonctionnement habituel !

La peur de l’hypocondriaque : il a peur d’être malade en vol, qu’il n’y ait pas forcément de médecin à bord, il a tellement peur qu’il sent venir le malaise cardiaque, qu’il va mourir à 10.000 mètres d’altitude sans avoir revu ses proches et sans l’aide de personne.

Regardons chacune de ces peurs et ce qu’en disent les experts avant d’essayer de voir ce que peut faire le yoga contre ces peurs handicapantes.

Un médecin aérospatial m’a expliqué qu’il y a classiquement 4 phases lors d’un voyage en avion :

Avant le décollage : 2 facteurs influent aux maximum : la claustrophobie et l’angoisse du décollage, donc essayer d’arriver un peu en avance pour « bien prendre possession des lieux » et essayer de bavarder avec son voisin, bref de penser à autre chose

Pendant le décollage : c’est le moment crucial : le bruit et la poussée des réacteurs, les vibrations et le passage des différentes couches de l’atmosphère font de cette phase pour les inquiets en avion, une période très impressionnante

En vol : c’est la phase la plus tranquille, l’avion est le plus souvent sous pilote automatique et le passager voit son angoisse baisser, voire disparaître. Seules quelques turbulences ou trous d’air peuvent causer quelques perturbations

Lors de l’atterrissage : paradoxalement alors que le voyageur est souvent rassuré, c’est la période la plus délicate : 2/3 des accidents !!! C’est une phase assez spectaculaire : ça peut secouer, la sortie des aérofreins peut inquiéter, le premier contact au sol peut être brutal… Là aussi il faut se décontracter, ne pas penser au pire, et faire confiance au pilote et à la technologie car répétons le, l’avion est le moyen de transport le plus sûr au monde !

 

En bref… le nombre d’accidents par vol ne cesse de décroître, au point de porter aujourd’hui l’avion au rang de moyen de transport le plus sûr.

Le progrès porte ses fruits, et on s’aperçoit tous les jours que toutes les redondances et surveillances mises en place dans les avions ne sont pas vaines.

Angoissés de l’avion, accrochez vous aux statistiques « j’ai un risque d’avoir un accident d’avion si je prends l’avion une fois par jour pendant 40.000 ans ! ».

 

J’en ai profité pour interviewer un commandant de bord à Air France

– Comment le personnel est il formé pour intervenir auprès d’un passager malade ?

Concernant la formation des PNC (personnel navigant cabine), ceux-ci doivent posséder un certificat de sécurité et de sauvetage, un brevet de natation, une attestation d’aptitude physique et mentale et enfin une formation en 8 modules pour gérer les situations d’accident. Un diplôme d’état est alors délivré par la DGAC.

A bord de tous les avions, on trouve un défibrillateur pour les attaques cardiaques et deux trousses : l’une destinée aux premiers soins, l’autre pour les cas plus sérieux. Tous les avions d’Air France sont d’ailleurs, partout dans le monde et 24H/24 en contact avec le SAMU parisien. Des médecins au sol peuvent ainsi prodiguer les conseils et actions nécessaires pouvant aller jusqu’à la proposition de déroutement de l’appareil (en moyenne un vol sur 20 000, le plus souvent long-courrier).

– Y a-t-il toujours un médecin dans l’avion ?

Dans 90% des vols, il y a un médecin passager à bord des avions. Voici en cas de besoin comment cela se passe :

Un médecin passager intervient après l’appel lancé par le commandant de bord à la demande du personnel naviguant.

S’il ne peut, avec l’aide du personnel naviguant faire face au problème, il reçoit, les consignes nécessaires des médecins au sol et les applique.

Il est aussi habilité à demander au commandant de bord de dérouter l’avion. Celui-ci a toutes latitudes pour dérouter son avion pour des raisons médicales.

Donc les anxieux se rassurent, les équipements sont bons, il y a énormément de chance qu’un médecin soit à bord, sinon le pilote sera en contact avec un médecin à terre pour savoir comment agir, et au pire, on détournera l’avion pour vous.

Ainsi vous serez ravi de vous retrouver pour une crise de panique dans l’hôpital de Ouagadougou !

 

Alors que peut faire le yoga pour les anxieux en avion ?

> Détourner son esprit

Tout comme le malade en bateau, l’une des premières choses à faire en cas de stress, est de faire appel à un des premiers sûtras du 1er chapitre I-2 Yogah citta vrtti nirodah, c’est-à-dire refuser de se laisser emporter par les perturbations de votre esprit et détourner son attention sur autre chose. Sinon on est dans la confusion mentale et on se trompe donc sur la réalité des choses.

Le passager stressé va devoir essayer de détourner ses pensées, les diriger vers autre chose : parler avec un autre passager, emporter avec soi quelque chose qui le passionne, livre, film, documentaire,

J’ai une amie angoissée en avion qui ne voyage pas sans prendre des sudokus,

J’ai un collègue qui emporte tout son travail dans son ordinateur et traite ses mails en vol.

J’ai moi-même une fois réussi à détourner mon esprit lors d’un vol très agité en me plongeant dans un Paris Match racontant les exploits d’Hedmund Hillary en haut de l’Everest et réussi à relativiser mon stress face à celui de Hillary coincée lui, en pleine face Nord de l’Everest.

 

Car le yoga c’est bien sûr réussir à tenir des postures parfois délicates mais c’est surtout, tout comme le corps dans la posture,  arriver à maintenir son esprit dans la quiétude.

On cherche à dompter ce lion qu’est l’esprit, on cherche à contrôler les pensées et les orienter. Devenir maître de son corps et de son mental et maîtriser son esprit qui parfois, comme un cheval fou, ne sait plus s’arrêter.

La faculté d’arriver à diriger les activités mentales de son psychisme est une grande richesse. C’est aussi un exercice et un travail sur soi sans fin et pour toute une vie !

En résumé, si la peur est faible il faut la regarder en face et faire intervenir sa raison.

Si elle est très forte, on ne peut rien demander à la raison, alors il faut la contourner en détournant son esprit vers autre chose… !

 

Facile à dire ! mais comment faire ?

Il existe un outil magique contre le stress !

Il va falloir bien respirer afin d’arriver à détourner son esprit vers autre chose !

Inconsciemment lorsque nous nous sentons mal, oppressé, inquiet, tendu, fatigué nous y avons recours sans en avoir conscience : la respiration. Instinctivement on régule sa respiration en inspirant ou en expirant intensément, en baillant, en emplissant ses poumons d’une grande bouffée d’air.

En cas de panique, on s’efforce donc de respirer tranquillement, inspiration-expiration en gonflant son ventre au niveau du nombril, et peu à peu on va chercher à rallonger peu à peu l’expiration :

Exercice : Poser les mains sur le ventre au niveau du nombril (pas obligatoire non plus) on inspirera sur 4 secondes par exemple et on expirera sur 4 secondes puis, après le même temps d’inspiration sur 4 secondes, on va expirer sur 5 secondes puis continuer ainsi jusqu’à expirer sur 6, 8 voir 10 secondes.

Continuez en dictant à votre mental de se calmer.

Restez concentré sur ce décompte (rappelons-nous ce remède de grand-mère de compter les moutons pour s’endormir).

N’hésitez par à prendre quelque point de concentration durant vos exercices de respiration : là où va l’énergie va la conscience, là ou va la conscience va l’énergie. On pourra prendre comme point de concentration :

–          Nâbhi (le nombril) point énergétique ; avec ce point on ne peut pas se tromper.

–          avec Kanta (la gorge) en se concentrant sur la respiration en Ujjai, ce qui aide beaucoup à s’apaiser.

–          On pourra essayer de se concentrer sur nasagrahi (point sous l’arête du nez) qui permet de « fermer le rideau »

 

Dès que l’on prend conscience de sa respiration tout change, le mental se calme, on redevient lucide, on a pris le dessus, dompter son esprit. On lui dit que l’on refuse qu’il s’emballe tel un cavalier tenant fermement les rênes de son cheval trop nerveux.

C’est d’ailleurs une image courante du yoga : l’esprit est le cavalier, les rênes les outils du yoga et les chevaux les klesahs (voir les yoga sutras 2.3) c’est-à-dire les souffrances de notre esprit. D’ailleurs le mot « yoga » est un dérivé de la racine verbale « yug » qui signifie « atteler, joindre ». On attèle son esprit et on le contrôle grâce aux outils donnés par le yoga.

Autre moyen, méditez sur quelque chose qui vous plait, agréable, dont on reste maître.

Ce peut être une image, une photo, ce peut être Dieu pour les croyants, la vierge Marie, Jésus, Bouddha, ce peut être un souvenir plaisant, l’image d’un lieu aimé ou d’un paysage, un moment qu’on a apprécié.

Bref il va falloir occuper le mental, l’obliger à se reposer tout en occupant sa tête.

 

Enfin la récitation. D’un mot, d’un mantra, d’une phrase, d’une petite prière si vous êtes croyant ou une phrase que l’on aime, un poème.

Enfin, on a constaté que les sons graves ont un effet très relaxant.

En chirurgie certains médecins font écouter aux patients endormis des sons très graves et ont constaté ainsi qu’ils pouvaient réduire de moitié les anesthésiques.

Alors pourquoi ne pas glisser des chants tibétains (ou Joe Cocker) dans son MP3 avant de décoller ?

 

N’oublions pas le but et ne prenons pas le moyen pour le but, le voyage n’est pas le trajet en avion, ne prenons pas le grain de sable pour une montagne et essayons de nous détacher de notre peur pour profiter sereinement de l’idée du voyage à venir.

 

Voici quelques postures simples à faire assis dans un avion, à faire en respirant tranquillement

 

 

 

Yogie et voyageuse. Tentant la zénitude à tout moment, même en voyage !

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