Pratiquer dans les déserts

A propos des déserts, Saint-Exupéry nous rappelle : J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence »

Et Théodore Monod : L’homme moderne ne peut pas se régénérer dans son univers citadin car il n’a plus accès à ces deux niveaux essentiels qui le structure verticalement et horizontalement : la terre et le ciel. Le désert nous réapprend les gestes naturellement rituels, inscrits, voire dirigés par le cosmos. Je vais retourner prochainement dans le désert lybique, vers ce que j’appelle « les âpres solitudes bénies ». Lorsque je quitte le désert, c’est toujours avec douleur… J’ai l’impression de quitter un navire. Surtout après les traversées au long cours de 800 km à chameau ou à pied. 

 

Depuis quelques années, on voit l’émergence de voyage autour du yoga dans les déserts, le désert du Sahara étant le plus couramment parcouru ainsi que les déserts chauds côtiers.

Isabelle Busson, professeur de yoga dans la tradition de Krishnamacharya, a souvent organisé des voyages dans les déserts du Sahara autour du yoga.

Isabelle, comment peut-on pratiquer dans le désert ?

D’abord, vu qu’il y fait chaud, on pratiquera soit très tôt le matin, soit juste avant la nuit. Ensuite il y a plusieurs sortes de désert : les déserts de reg, caillouteux, constitués de pierres (comme en Mauritanie et ceux du sud de l’Algérie ou sud marocain) et le désert d’erg constitué de dunes comme le Sahel, certains endroits au Maroc. Dans ce genre de désert mou, on pourra jouer avec les pentes, les rééquilibrer, se faire des creux et des bosses pour faire des adaptations de certaines postures. On pourra s’amuser avec Sarvangâsana, Viparitakarani, les triangles. Cela pourra être amusant d’adapter DvipadaPitham ou encore quelques postures à genoux, dans un creux de sable c’est parfois plus doux. Je dirai que tous les déserts sont assez idéaux pour pratiquer les différentes salutations, à la lune, au soleil. Etant proche des éléments, en harmonie avec la nature, avec les astres, le soleil, les étoiles, la lune, qui sont tous d’excellents repères et supports de méditation.

 Le désert facilite donc la méditation ?

Parfaitement, c’est un lieu idéal ! Le soir, je fais pratiquer au coucher du soleil un prânâyâma et ensuite la méditation est quasi spontanée. Il y a une telle qualité de silence, d’infini, le mental est rapidement calmé, au repos, les sens sont comme lavés et seuls les sens de la vue et l’ouïe sont actifs. Même la vue est pure, ce qui est rare… On vit dans le désert une sorte de « mise au repos » de tout ce qui nous sollicite à longueur de temps dans nos vies. Exit les problèmes devant cette simplicité, cette nudité. Tout ce qui n’est pas là, ici et maintenant, ne te manque pas. Oui Mais les déserts sont des lieux particulièrement propices à la méditation, but ultime de la pratique du yoga.

 Tu dirais donc que tu fais du yoga quand tu marches dans le désert, tout simplement ?

Marcher favorise le détachement, le lâcher prise, c’est donc, dans un environnement tel que le désert, avec une concentration sur sa marche, son souffle, une vraie expérience de yoga. Marcher avec soi-même dans le silence du désert est une expérience méditative très agréable. On peut même suivre le rythme du dromadaire qui marche à un pas très régulier, on peut caler son pas sur lui et expérimenter cette sorte de retrait des sens que l’on retrouve dans le yoga. On est là naturellement détaché ne serait-ce parce que nous sommes coupés du matériel et de notre quotidien.

 Y a-t-il des choses auxquelles il faut faire attention ?

Oui, il faut faire attention aux sales petites bêtes tels que scorpion, serpent, vipère des sables, il faut parfois mieux pratiquer en chaussures notamment dans les déserts de pierre. Il faut se protéger du soleil bien sur, c’est pour cela qu’on pratiquera plutôt le matin et au coucher du soleil, surtout près d’un point d’eau, attire les moustiques…. Attention aussi aux tempêtes de vent de sable, quoique… c’est une vraie expérience à vivre ! Cela ne m’est jamais arrivée mais on dit qu’il faut aussi faire attention aux coups de lune ! Les coups de lune rendent, dit-on, très nerveux et certains experts du désert ne dorment jamais sous les étoiles lors d’une pleine lune mais toujours protégé sous une tente.

Mais c’est encore Monod qui synthétise le mieux l’esprit du désert : « le désert c’est l’apprentissage de la soustraction. Deux litres et demi d’eau par jour, quelques livres et peu de paroles. Les veillées du soir sont consacrées aux légendes, aux contes, au rire. Le reste appartient à la méditation, au spirituel. Le cerveau met le cap en avant. Nous sommes enfin débarrassés des futilités, des inutilités, des bavardages. L’homme, cette étincelle entre deux gouffres, trace ici un chemin qui s’effacera après son passage ».

On est tout à fait ici dans l’esprit du yoga, l’idée de détachement vairâgya dont parle Patanjali dès le 1er chapitre des yoga sûtras : détachement des objets vus et entendus, particulièrement par la volonté comme l’explique ce yoga sûtra « le détachement ce n’est pas se détacher des choses mais découvrir que les choses se détachent de soi ».

 

siwa

L’oasis de Siwa (Egypte) dans le désert lybique si cher à Théodore Monod

 

 Il existe plusieurs sortes de déserts :
–       les déserts polaires froids, recouverts de glace ou de neige : Antarctique, Arctique
–       les déserts chauds de la zone intertropicale : du Sahara, d’Arabie, d’Australie, du Sahel
–       les déserts chauds côtiers : Chili, Atacama, désert du Namib, Basse Californie, Maroc
–       les déserts continentaux : Gobi, Tibet, Karakorum…

Yogie et voyageuse. Tentant la zénitude à tout moment, même en voyage !

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