Pratiquez en marchant

Jean Giono disait « Si tu n’arrives pas à penser, marche ; si tu penses trop, marche ; si tu penses mal, marche encore »

« Seules les pensées qui vous viennent en marchant ont de la valeur » Nietzsche

« Marcher c’est ralentir l’organisme. Marcher c’est oxygéner le cerveau, utiliser notre corps et nos sens ; la marche nous oblige à tout instant à garder l’équilibre, à utiliser notre colonne vertébrale, l’axe le plus important en yoga ». Michel Jourdan – « Marcher, méditer »

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On parle ici de la pratique du yoga non pas à travers les âsanas, les postures classiques du yoga, mais par le biais de la concentration de l’esprit coordonné au souffle et au rythme réguliers des pas lors de la marche.

La marche peut devenir yoga dans la mesure où elle est pleinement consciente avec l’esprit totalement concentré sur ce que l’on fait : souffle, mouvements, cadence action du corps.

Alors on sera proche alors de l’état de concentration (dhâranâ) ou même peut être de méditation (dhyâna), ces deux états faisant partie des huit membres de yoga que l’on retrouve dans le chapitre 2 des yoga sûtra de Patanjali (voir ce chapitre).

D’ailleurs les marcheurs s’accordent à évoquer cet état de bien être que procure la marche lorsqu’on a dépassé le stade de la fatigue corporelle. Le pas devient régulier, le souffle aussi, on se concentre sans parler et pour économiser son souffle.

Cette méditation en marchant, certains religieux à travers le monde l’expérimentent à leur façon, c’est aussi ce que faisaient (font) nos moines occidentaux parcourant les cloîtres de leur abbaye. Car marcher en rond ou en rectangle, sans chercher son chemin (ce qui distrait l’esprit) permet d’être totalement absorbé et présent à sa marche. Que la marche soit rapide ou lente, l’important est d’être totalement intériorisé vers sa marche.

Écoutons Matthieu Ricard dans son livre « L’art de la méditation » :

« Voici une méthode pratiquée par nombre de méditants pour cultiver la pleine conscience. Elle consiste à marcher en restant totalement concentré sur chaque pas. Il faut marcher assez lentement pour que nous restions pleinement conscients de nos moindres mouvements (…). A chaque pas, prenons conscience de notre équilibre, de la façon dont nous posons le talon au sol, puis progressivement l’ensemble du pied…. Dirigeons notre regard vers le bas, à quelques pas devant nous, et gardons pour principal objet de concentration la marche elle-même. Si nous ne disposons pas de beaucoup d’espace, allons et venons en marquant une pause de quelques instants chaque fois que nous faisons demi-tour, tout en demeurant dans la pleine conscience de cette suspension de mouvement ».

 

Cette attention d’être totalement focaliser sur son action afin de vivre en pleine conscience le moment présent c’est ce que nous explique le 1er sutra du 1er chapitre des Yoga Sutra de Patanjali. 1.1 Hatha yoga anusasanam, c’est-à-dire « ici et maintenant », être pleinement là à ce que nous faisons sur le moment, l’intellect (pour une fois !) au repos.

« La marche nous délivre du poids de nos pensées » écrit Michel Jourdan dans son livre « Marcher, méditer ». Selon lui, la marche est un « vide mental naturel » depuis la nuit de temps, les derniers à avoir connu cet état étant, selon lui, nos paysans au siècle dernier.

Adeptes aussi de cette méditation par la marche les personnes ayant des problèmes d’inconfort pour méditer assis, des problèmes physiques, de dos par exemple ou encore chez les personnes qui ne tiennent pas en place, qui ont du trop de « raga » (feu), d’énervement

Parfois, le marcheur fera peut être cette expérience de profonde concentration, dhâranâ ou dhyana, totalement spontanément.

Récemment dans un avion, mon voisin, un monsieur d’un certain âge aux yeux vifs et bleus, voyant le titre de mon livre « Marcher, méditer », m’a interpellé en m’expliquant qu’il avait fait plusieurs fois les chemins de Compostelle et qu’il ne lui restait plus qu’un ou deux parcours pour terminer le pèlerinage. « Je n’ai aucune foi religieuse, pourtant j’ai vécu quelque chose d’exceptionnel. C’était au niveau des Landes. Je marchais, seul, depuis un certain temps, et il s’est passé quelque chose d’extraordinaire » m’a-t-il dit, ses yeux d’un bleu profond écarquillés. « J’ai été pris par l’environnement. Je me suis senti totalement en osmose avec la nature, j’ai perdu la notion du temps, je ne sais pas combien de temps cela a duré, probablement plusieurs minutes. Mon corps et mon esprit ne faisait qu’un. Et plus encore, j’ai compris que nous formons qu’un seul grand tout, moi, vous, tous avec le monde qui nous entoure. C’était un sentiment merveilleux. Je peux dire que depuis cette expérience, ma vie a changé ».

Dhyâna* est le chemin entre Dhâranâ*, la concentration et Samâdhi*, l’état de yoga. Avec Dhâranâ et Dhyâna, on voit avec les yeux, au niveau de Samâdhi, on voit avec le cœur.

Je crois que ce monsieur, pendant sa marche, a vu avec son cœur.

C’est peut être ce que cherchent, consciemment ou pas, certains marcheurs.

C’est peut être ce que certains d’entre eux, expérimenteront un jour par hasard, l’état de Samâdhi à travers la marche.

 

* Voir le chapitre sur les yoga sutras 
* Voir l’article sur les différentes marches dans le Monde

Crédit photo @Marion Osmont

Yogie et voyageuse. Tentant la zénitude à tout moment, même en voyage !

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